Bonus CEJM — Droit de la consommation Mini-cas pratiques · 3 situations à analyser
BTS NDRC 2A
Identification

Élise gère 3 dossiers clients en une semaine

Bonus CEJM · Mini-cas pratiques de droit de la consommation

Contexte de la mission

Suite à ton intervention sur le CRM (cas vendredi PM), Élise t'envoie les 3 dossiers clients qui ont atterri sur son bureau cette semaine. Tous mettent en cause un point différent du droit de la consommation. Élise n'est pas juriste : elle te demande de l'aider à identifier les règles applicables et à formuler une réponse juridiquement solide.

C'est un format compact : 3 mini-situations à analyser + une réponse écrite à rédiger. Compte 30 à 45 minutes de travail effectif.

À mobiliser pour ce cas

Tu vas mobiliser plusieurs notions de droit de la consommation vues en cours :

Dossier 1 — Mail reçu le mardi 17 février 2026
Une commande qu'on regrette
Email transféré par Élise — expéditeur : Karim Benali, client BtoC

Bonjour,

J'ai commandé sur votre site internet le 5 février 2026 un coffret cadeau de 6 bouteilles de Crozes-Hermitage rouge (référence COFFRET-CH06) pour un anniversaire de mariage. Le colis m'a été livré le vendredi 13 février par Chronopost. J'ai signé le bon de livraison, j'ai sorti le coffret, mais je ne l'ai jamais ouvert : ma femme a finalement préféré offrir autre chose, et nous n'avons pas le besoin domestique de garder ces 6 bouteilles à la cave.

J'aimerais donc vous renvoyer la commande et obtenir un remboursement complet. J'ai vu que votre site mentionne quelque part un délai de 14 jours, mais comme je ne vais pas pouvoir poster le colis avant lundi 23 février au plus tôt, je préfère vous demander confirmation que c'est bien possible. Et qui paie les frais de retour ?

Merci pour votre retour,
Karim Benali

Exercice 1 · 5 points

Analyse juridique du dossier 1

Une seule bonne réponse par question, sauf indication contraire.

1. Karim a-t-il le droit légal de retourner sa commande ?

2. Le 23 février, date à laquelle Karim envisage d'envoyer son colis de retour, sera-t-il toujours dans les délais légaux ?

3. Qui doit payer les frais de retour du colis ?

4. Une fois le colis renvoyé et reçu par le domaine, dans quel délai Élise doit-elle rembourser Karim ?

5. Imaginons un autre client : Marie qui a acheté la même cuvée mais lors d'une visite physique au caveau du domaine, en payant en CB sur place. Elle écrit le lendemain pour annuler. A-t-elle un droit de rétractation similaire ?

Corrigé dossier 1

1. B — Article L221-18 du Code de la consommation : pour toute vente à distance en BtoC, le consommateur dispose d'un droit de rétractation de 14 jours calendaires à compter de la réception du bien, sans avoir à justifier sa décision. Le vin n'est pas exclu (l'exclusion concerne par exemple les biens personnalisés, les denrées rapidement périssables, les biens descellés à l'usage hygiénique).

2. B — Le délai court à compter de la réception du bien (13 février), pas de la commande. Du 13 au 23 février = 10 jours, donc Karim est dans les délais. Il devra avoir notifié sa décision avant le 27 février (jour 14). C'est l'erreur classique : compter à partir de la commande.

3. B — Article L221-23 : les frais de retour sont en principe à la charge du consommateur, sauf si le professionnel a omis de l'en informer correctement avant la conclusion du contrat (auquel cas ils sont à sa charge). Élise doit donc vérifier la rédaction de ses CGV : si elles précisent que les frais de retour sont à la charge du client, c'est valide.

4. B — Article L221-24 : le professionnel rembourse sous 14 jours maximum à compter de la date à laquelle il a été informé de la rétractation. Mais il peut différer ce remboursement jusqu'à récupération du bien ou jusqu'à ce que le consommateur fournisse une preuve d'expédition. Cette double condition protège le vendeur.

5. B — Le droit de rétractation des 14 jours s'applique aux ventes à distance et au démarchage hors établissement. Pour une vente conclue en magasin (le client a vu le produit, l'a touché, a décidé librement de l'acheter sur place), il n'y a aucun droit de rétractation légal. Le commerçant peut bien sûr proposer un "geste commercial" facultatif, mais ce n'est pas une obligation.

Dossier 2 — Mail reçu le jeudi 19 février 2026
Une bouteille de cave qui ne tient pas la promesse
Email transféré par Élise — expéditeur : Cécile Vasseur, client BtoC fidèle depuis 2022

Bonjour Élise,

Je viens de me rendre compte d'un problème ennuyeux. J'avais acheté chez vous le 12 mars 2025 (oui, bientôt un an !) un carton de 6 bouteilles de votre cuvée "Le Méal" 2022, vendue comme étant un vin de garde 8-10 ans. Je l'ai stocké correctement dans ma cave (température et humidité contrôlées, je vous garantis).

Hier, j'ai ouvert la première bouteille pour fêter quelque chose. Catastrophe : le bouchon était très défectueux, le vin "bouchonné" et oxydé. Je m'attendais à un défaut isolé, mais ce matin, j'ai sacrifié une 2e bouteille pour vérifier : même problème. Je soupçonne donc un défaut de conservation lié au lot de bouchons, qui touche probablement les 6 bouteilles.

Question : ai-je un recours, ou est-ce qu'on est trop loin de la date d'achat ? Je veux être honnête : presque un an, je sais.

Bonne journée,
Cécile

Exercice 2 · 5 points

Analyse juridique du dossier 2

Une seule bonne réponse par question.

1. Cécile peut-elle s'appuyer sur la garantie légale de conformité ?

2. La présomption d'antériorité du défaut de conformité, depuis la réforme de 2022 :

3. Quelles solutions Élise doit-elle proposer en priorité à Cécile au titre de la garantie légale de conformité ?

4. Si Cécile décide de plutôt invoquer la garantie des vices cachés (Code civil), de quel délai dispose-t-elle pour agir ?

5. Hypothèse complémentaire : si en plus de la garantie légale, le domaine avait offert une "garantie commerciale satisfait ou remboursé pendant 6 mois", quel statut juridique a cette garantie ?

Corrigé dossier 2

1. B — Articles L217-3 et suivants du Code de la consommation : la garantie légale de conformité couvre 2 ans à compter de la délivrance du bien neuf. Cécile a acheté le 12 mars 2025, on est en février 2026 : elle est largement dans les délais (presque un an, donc 11 mois restants). Le vin n'est pas exclu de cette garantie : un défaut de conservation (bouchon défectueux causant l'oxydation) constitue bien un défaut de conformité.

2. B — Depuis la réforme du 1er janvier 2022, la présomption d'antériorité du défaut a été allongée à 24 mois pour les biens neufs (et 12 mois pour les biens d'occasion). Concrètement : si un défaut apparaît dans les 24 mois, il est présumé exister depuis l'achat, et c'est au vendeur de prouver le contraire (par exemple : mauvaise conservation par le client). Renversement de la charge de la preuve très favorable au consommateur.

3. B — Article L217-8 et suivants : le consommateur peut choisir entre réparation et remplacement (mise en conformité). Le vendeur doit répondre dans un délai raisonnable, sans inconvénient majeur. Si la mise en conformité est impossible ou disproportionnée, le client peut alors demander une réduction du prix ou la résolution de la vente (remboursement intégral). En pratique, ici, Élise proposera vraisemblablement le remplacement des 6 bouteilles par 6 bouteilles d'un autre lot — solution la plus simple et la plus respectueuse du client fidèle.

4. A — La garantie des vices cachés (article 1641 et suivants du Code civil) s'applique pendant 2 ans à compter de la découverte du vice, sans préjudice du délai global d'extinction de 20 ans à compter de la vente. C'est une garantie distincte de la garantie légale de conformité. Le client peut choisir l'une ou l'autre. Pour des biens à durée de garde longue (vins, montres, bijoux...), la garantie des vices cachés peut être un recours utile au-delà des 2 ans légaux.

5. B — La garantie commerciale (ou contractuelle) est facultative, librement définie par le vendeur dans ses conditions, et s'ajoute toujours à la garantie légale (qui reste obligatoire et incontournable). Article L217-21 : aucun contrat ne peut limiter ni écarter la garantie légale. C'est pourquoi la mention "garantie 6 mois" sur certains produits ne signifie pas qu'on n'a aucun recours après 6 mois : la garantie légale de 2 ans court en parallèle.

Dossier 3 — Signalement transmis le vendredi 20 février 2026
Un soupçon de pratique commerciale trompeuse… venant d'un concurrent
Note interne d'Élise au stagiaire (toi)

Salut,

Un client m'a signalé un truc qui me chiffonne sur un site concurrent (je préfère ne pas citer le nom pour l'instant). Ce concurrent vend un coffret de 6 bouteilles "millésime 2018, garde 8-10 ans" présenté comme étant en agriculture biologique, avec un gros logo "AB" en page produit. Prix : 89 €. Le client a acheté, a reçu, et a constaté en lisant l'étiquette physique de la bouteille que le vin n'a en réalité pas la certification AB (il est issu d'un domaine "en conversion" depuis 2 ans, ce qui n'autorise pas l'usage du logo officiel). Le concurrent a donc utilisé un logo officiel auquel il n'a pas droit pour gonfler le prix.

Sans entrer dans des considérations de concurrence déloyale (qui relèvent d'autres chapitres du droit), juste sur le plan du droit de la consommation : qu'est-ce que la loi dit sur ce comportement ? J'aimerais savoir si on peut conseiller à ce client de saisir la DGCCRF, et sur quel fondement. Donne-moi 2-3 idées rapides.

Élise

Exercice 3 · 5 points

Analyse juridique du dossier 3

Une seule bonne réponse par question, sauf indication contraire.

1. Comment qualifier juridiquement le comportement du concurrent (utilisation indue du logo AB officiel) ?

2. Quels éléments de la situation caractérisent une pratique commerciale trompeuse ? (plusieurs réponses possibles)

3. Quelle autorité publique le client peut-il saisir ?

4. Au-delà de la sanction administrative ou pénale du concurrent, quel recours civil le client lui-même peut-il exercer ?

5. Les sanctions encourues par un professionnel pour pratique commerciale trompeuse incluent :

Corrigé dossier 3

1. B — Article L121-2 du Code de la consommation : constitue une pratique commerciale trompeuse toute pratique reposant sur des allégations fausses ou de nature à induire en erreur sur les caractéristiques essentielles du bien (composition, origine, certification, mode de fabrication...). L'utilisation indue d'un logo officiel comme "AB" rentre clairement dans ce cadre. Notion centrale du droit de la consommation, à mémoriser pour l'oral.

2. A, B et C — Les 3 critères classiques d'une pratique commerciale trompeuse : (A) information fausse ou trompeuse, (B) portant sur les caractéristiques essentielles (la certification bio en est une), (C) susceptible d'altérer le comportement du consommateur. Le simple fait qu'un prix soit élevé n'est pas en soi une pratique trompeuse — c'est l'écart entre la promesse (bio certifié) et la réalité (en conversion non certifié) qui crée la tromperie.

3. B — La DGCCRF est l'autorité administrative compétente pour les pratiques commerciales déloyales et trompeuses. Elle peut être saisie par tout consommateur via la plateforme SignalConso (signal.conso.gouv.fr). Elle dispose de pouvoirs d'enquête, peut prononcer des sanctions administratives ou transmettre au parquet pour poursuites pénales.

4. B — Le client peut demander la nullité de la vente pour vice du consentement (article 1130 et suivants du Code civil). Le dol consiste ici en une manœuvre destinée à obtenir le consentement de la victime sur des bases trompées. Conséquences : restitution mutuelle (le client rend les bouteilles, le vendeur rembourse intégralement) et dommages-intérêts éventuels si un préjudice supplémentaire est démontré.

5. B — Article L132-2 et suivants du Code de la consommation : pratique commerciale trompeuse = délit puni de 2 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende (personne physique). Pour les personnes morales, l'amende peut être portée à 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel sous certaines conditions. Sanctions complémentaires possibles : publication de la condamnation aux frais du condamné, fermeture d'établissement temporaire, etc. Sanctions à connaître pour l'oral.

Exercice 4 · 5 points

Rédige la réponse à Cécile (dossier 2)

Élise te demande de rédiger pour elle la réponse à envoyer à Cécile (dossier 2 — bouteilles bouchonnées). Le mail doit :

Format attendu : 200 à 300 mots.

0 mots
Auto-évaluation — Note honnêtement ta production
Empathie et reconnaissance du problème Le mail commence-t-il par reconnaître le souci avant de parler droit ? Ton humain et professionnel ?
Fondement juridique correctement formulé Mention explicite de la garantie légale de conformité, de sa durée (2 ans), et idéalement de la présomption d'antériorité ?
Solution concrète et procédure pratique Solution claire (remplacement) + procédure (envoi ou pas, frais, délai) ?
Qualité rédactionnelle (orthographe, syntaxe, fluidité) Phrases bien construites, pas de fautes, ton professionnel ?
Exemple de réponse

Objet : Votre commande du 12 mars 2025 — geste immédiat sur le carton "Le Méal"

Bonjour Cécile,

Je suis sincèrement désolée pour ce que vous décrivez. Ouvrir une bouteille de garde achetée il y a presque un an et constater un défaut, c'est exactement le genre de moment qui n'arrive pas souvent — et quand il arrive, on a envie de le voir résolu rapidement et bien.

Sur le plan juridique, votre situation relève intégralement de la garantie légale de conformité (Code de la consommation, articles L217-3 et suivants). Cette garantie couvre les biens neufs pendant 2 ans à compter de la livraison, et depuis la réforme de 2022, le défaut est présumé exister depuis l'achat — c'est à nous, vendeur, de prouver le contraire si nous voulions contester. Vous êtes donc parfaitement dans vos droits, et il n'est pas du tout "trop tard" comme vous le craigniez.

Concrètement, je vous propose la solution suivante : je vous fais parvenir cette semaine un nouveau carton de 6 bouteilles "Le Méal", issu d'un lot différent, sans aucune condition de retour ni de geste de votre part. Inutile de nous renvoyer les bouteilles défectueuses — votre signalement nous suffit, et nous remontons le sujet en interne avec notre fournisseur de bouchons.

Pourriez-vous me confirmer votre adresse de livraison actuelle (la même qu'en mars 2025 ?) et un créneau de présence préférentiel sur la semaine prochaine ? Le carton partira dès réception de votre réponse.

Encore désolée pour ce désagrément, et merci de votre fidélité depuis 2022 — c'est précisément le genre de relation que nous voulons préserver.

Bien cordialement,
Élise Forestier
Domaine du Roc d'Avise

Pourquoi cette structure marche

  • Empathie d'abord, droit ensuite — un client qui se sent compris devient un client coopératif. Inverser l'ordre, c'est se mettre en posture défensive dès le départ.
  • Citation juridique précise mais pédagogique — le client n'a pas besoin de connaître le numéro d'article, mais le voir dans la réponse rassure : on a vérifié, on n'invente pas.
  • Solution proposée plus avantageuse que ce qui est strictement obligatoire — pas de retour exigé, pas de condition. C'est un geste commercial qui ne coûte presque rien (les bouteilles défectueuses ne sont pas revendables) et qui produit un effet de fidélisation très fort.
  • Un appel à action clair — "Pourriez-vous me confirmer votre adresse…" — ça maintient le dialogue actif et accélère la résolution.
  • Reconnaissance de la fidélité — la cliente est avec vous depuis 2022. Ne pas le mentionner serait passer à côté d'un levier émotionnel fort.

Tu as terminé ce bonus ?

Clique ci-dessous pour transmettre tes résultats à Kévin.

Retour au sommaire